TREK, RAGOUT D’ECUREUIL ET OPIUM
Trop de lao whisky la veille : je ne suis plus trop sure de l’endroit où je dois rejoindre Thong pour ce début de trek.
Finalement, Muang Ngoy n’étant pas si grand, je le retrouve au garage automobile d’un des coins de rue, il a crevé sur la route en venant me chercher. L’aventure s’annonce épique!
Et c’est le cas de le dire.
Nous commençons le trek en tracteur pendant 1h30 : en gueule de bois, mon guide n’a pas l’air d’avoir tant que ça l’envie de marcher. Le paysage de montagne que nous traversons est incroyable et j’ai bien hâte de commencer la randonnée.
Je ne savais pas encore à ce moment là que j’étais tombée sur le Antoine de Maximy local, le roi du freestyle, qui chaque nuit cherche un endroit dans les villages khmu et hmong où nous arrivons pour dormir et ne prévoit aucun repas (heureusement que j’aime le sticky rice, servi matin – midi et soir et si pratique à emporter en rando).
On se découvre tous les deux au fil des journées : Thong parle et chante non stop du matin au soir parce que c’est un moment de partage joyeux me dit il, que ça donne la force d’affronter la montagne et d’avancer sous la chaleur.
Je crois que nous sommes un peu dans une incompréhension culturelle respective.
Il ne comprend pas vraiment mon besoin de laisser divaguer mes pensées ni mes moments de silence à apprécier cette nature renversante. Il en profite pour me taquiner d’ailleurs : « tu ne pourras pas voir d’animaux, je parle trop »!
De mon côté, son débit continu m’irrite régulièrement : les pauses photos me permettent alors de m’éloigner un peu et d’apprécier à nouveau le bruit de la nature et le calme qui me gagne.
Mais Thong est un joli conteur aussi qui connait forcément la région et ses coutumes locales par coeur, on rigole beaucoup de toutes ses anecdotes cocasses : un personnage sacrément attachiant.
De ces 3 jours incroyables, perdue dans les montagnes, loin des sentiers battus, resterons gravés tellement de moments intenses dont:
- cette première soirée au village où je rejoins une bonne partie des habitants autour du feu. Arrive alors un gamin de 2 ans max, radio autour du cou, avec sa meilleure playlist! Les enfants commencent à danser, font le show. Forcément, tout le monde insiste pour que je les rejoigne sur la piste. Je tente alors de suivre les chorégraphies tant bien que mal : que d’éclats de rire, de gentille moquerie. Tous les téléphones sont braqués sur moi pour filmer mes prouesses : je suis la reine de la soirée malgré moi!
- cette arrivée au village le deuxième jour à l’heure dorée et la vue depuis le chemin qui surplombe le village : un moment suspendu qui me fait couler quelques larmes j’avoue.
- ce cours de cuisine de Thong et comment faire le plus délicieux des ragoûts d’écureuil, enfin j’imagine : je resterai végétarienne pour l’occasion.
- cette odeur d’opium si particulière dans les maisons – observer le rituel méticuleux qu’il faut suivre pour le fumer – voir les pères de famille allongés, entourés d’une épaisse fumée, les mains noires, les yeux révulsés – et finalement s’en accoutumer comme s’ils étaient en train de lire le journal à mes côtés.
…



MERCI THONG
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